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LE RÔLE DE LA CULTURE MATERIELLE DANS LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL
Il incombe aux musées d’aider le citoyen à acquérir une vue d’ensem...

PHENOMENOLOGIE DE LA CULTURE AMAZIGHE à travers la chanson A Vavalnouva d’Idir
Là-bas, sur les hauteurs de la Djurjura ou les collines de Sétif, dans la vallé...

La rababa
La plupart des sources sont unanimes à reconnaître que l’instrument de musique ap...
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Issue 38
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RE-ENRACINER LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL EN TERRE DU SUD
Issue 38

 Le patrimoine architectural est l’un des fondements de l’identité d’une société, dans la mesure où il matérialise ses coutumes et ses traditions et témoigne de la capacité des hommes à s’adapter à leur environnement naturel. On comprend dès lors qu’il fasse l’objet d’une telle sollicitude de la part des intervenants et d’un tel intérêt pour les touristes. On comprend aussi que les investisseurs, aussi bien locaux qu’étrangers, tentent aujourd’hui de le valoriser et de l’ancrer dans son terreau.

Le bâti en terre a réussi en effet à évoluer au rythme des mutations socioéconomiques et des différents aménagements du territoire que la société a connus. Malgré les évolutions imposées par l’exode de la population depuis les hauteurs vers la vallée et leur effet sur le recul de ce type d’habitat local au profit de formes architecturales modernes, les maisons en terre ont connu une véritable résurrection en raison de l’importance que le tourisme leur a conférée. Cette nouvelle vie a en effet grandement contribué à la réhabilitation de nombre de logements et d’infrastructures de ce type, redonnant toute sa valeur matérielle à ce type d’architecture au sein de la société locale, et c’est  donc par l’économie du tourisme que ce patrimoine a été sauvé et que des travaux de restauration ont pu être menés qui ont bénéficié à un habitat dont bien des fonctions ont décliné sinon disparu.

Mais cette existence nouvelle a changé la physionomie de ces logements qui sont devenus un produit touristique, développé par des investisseurs locaux sans véritable formation, mus par le seul appât du gain, si bien que cette architecture a perdu de sa valeur symbolique et s’est trouvée envahie par des formes hybrides, uniquement conçues pour attirer les touristes.

Le processus de ré-enracinement du patrimoine architectural à Boumalen Dadés a d’abord commencé de façon spontanée avant que divers objectifs économiques ne viennent à lui conférer une importance dépassant la valeur historique et spirituelle d’un tel héritage. Ce n’est pas, en effet, le lien qui rattache cet habitat à l’enfance des acteurs locaux et aux années que ceux-ci ont passées dans la vallée de Dadés qui a contribué à la pérennité du processus de réhabilitation, mais bien l’importance acquise par cet héritage, en termes d’investissement touristique. Et c’est cela aussi qui a permis à cette architecture de participer au développement économique de cette région.

Le ré-enracinement du patrimoine architectural en terre est tributaire de nombreux facteurs internes dont, notamment, les aspects religieux, éducationnels et matériels de l’action menée par les intervenants locaux. Il dépend, en même temps, de facteurs externes, liés à la valeur nouvelle que les acteurs internationaux (investisseurs et touristes étrangers) ont conférée à cet héritage, une valeur qui demeure, toutefois, symbolique, en l’absence d’une stratégie permettant aux investisseurs de commercialiser leur produit et de concrétiser les objectifs de tels projets.