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LE METIER DE BLANCHISSEUR (QASSAR) AU BAHREÏN Etude historique et analytique 
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Issue 36
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LE METIER DE BLANCHISSEUR (QASSAR) AU BAHREÏN Etude historique et analytique 
Issue 36

Hussein Mohammed Hussein
Bahreïn

Le travail de blanchisserie, jadis connu au Bahreïn et dans le reste du monde arabe sous le nom de qissara ou  métier des qassarîn, fait partie de ces vieilles activités qui ont disparu du pays et que nul n’a continué à pratiquer.  Le singulier de qassarîn est qassar : l’homme dont le métier est, précisément, de laver les vêtements.

Les qassarîn ont formé, depuis les temps les plus reculés, une classe d’ouvriers distingués. Leur métier est cité dans les anciennes civilisations, comme celles de la Mésopotamie qui ont influé sur celle de Dalamun, civilisation ayant anciennement prospéré au Bahreïn. Des formes gravées dans la pierre ont été à cet égard exhumées dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate qui représentaient des sortes de contrats conclus au VIe siècle av. J.C. entre des groupes de qassarîn et des individus ou familles (Waerzeggers, 2006). Au cours de l’époque islamique, la profession a évolué au point que des marchés  lui furent réservés, au moment où commençait la spécialisation de ces lieux de concentration des métiers et commerces.

Le Bahreïn n’a pas fait exception, et le pays a vu, à son tour, apparaître sous forme de marchés des regroupements par profession. A Manama, par exemple, nombre de quartiers continuent à porter le nom de tel ou tel métier en souvenir du marché spécialisé qui s’y trouvait, avant la naissance et le développement du grand souk de Manama entre les XIIe et XVIIIe siècles.

Outre ces lieux spécialisés qui se trouvaient dans le vieux centre commercial dans lequel se déroulait l’essentiel des activités, il y avait, à l’intérieur même  du centre, une source où se rassemblaient les qassarîn pour laver les vêtements, et qui était, précisément, connue sous le nom d’Aîn al Qassarîn, nom qui a été écourté en Aïn Qsari, ce qui est en soi une autre preuve de l’existence au Bahreïn d’une classe de travailleurs qui s’étaient spécialisés dans les travaux de blanchisserie. Aïn al Qassarîn était une source de grande importance. Si l’on se fonde sur la nouvelle répartition géographique des  zones qui constituaient l’ancien centre commercial on peut voir que cette source qui était un véritable ruisseau allait pour l’essentiel de la zone dite Al Bled el qadîm (la vieille ville) à celle appelée Al Brahma. Compte tenu du débit considérable de cette source alimentée par de nombreuses petites sources, Al Qassarîn al kobra (grande) et Al Qassarîn al soghra (petite) qui constituaient de fait deux sources indépendantes l’une de l’autre.

Pour nous résumer, la profession de qassarîn est l’une des plus anciennes du Bahreïn, l’une des moins documentées aussi, la plus ancienne mention qu’on en trouve remontant au XIVe siècle. Cette profession s’est toutefois perpétuée dans sa forme traditionnelle jusqu’aux années 70 du siècle précédent. De nombreux Bahreïnis ayant exercé ce métier depuis les années 30, dans la zone de Aïn al Qassarîn al soghra (petite), plus connue, après sa restauration au cours du XIXe siècle, par un nombre sans doute important de commerçants indiens sous le nom d’Aïn ad-doubya, ont fait de cette source le plus grand centre de blanchisserie du Bahreïn à cette époque.