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Issue 36
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LES NATTES EN FEUILLES DE PALMIER DITES BIRUSH DANS L’HERITAGE CULTUREL DU NORD DU SOUDAN L’exemple du birsh blanc et du birsh rouge
Issue 36

Assaad Abdulrahman Awadhallah
Soudan

Les femmes se consacrent habituellement au tressage des birush (pluriel de birsh) dans les heures de loisir. Cette activité rémunératrice leur permet d’augmenter les revenus de la famille, ce qui lui confère une dimension sociale et économique loin d’être négligeable. Ce type d’artisanat ouvre en effet des opportunités d’emploi à la population féminine qui représente une part importante de la main-d’œuvre de la région de Marwi où les femmes n’ont guère d’autres possibilités d’accès au marché du travail. Sur le plan social, la contribution de la femme au budget de la famille, grâce à la vente des birush, vient renforcer son rôle et son statut au sein de la famille et de la communauté. En outre, ce travail a une valeur artistique reconnue et continue à bénéficier de l’afflux d’une clientèle importante car ces nattes répondent à des besoins pratiques, culturels, esthétiques encore vivaces au sein de la société.

Les femmes se servent des feuilles de palmier (sa’af) d’al jaw, du mochriq ou du madeyn, noms qui désignent les types de palmier les plus répandus dans la région nord du Soudan, comme elles se servent du sa’af du palmier « mâle ». Les feuilles sont coupées dans la partie centrale de l’arbre au moyen de la serpe ou de la serpette dont on use habituellement pour arracher les mauvaises herbes. La femme taille le sa’af à même le palmier, il s’agit d’une sorte de matière première que toute femme peut obtenir gratuitement, n’importe où et à n’importe quel moment. Commence-t-elle à manquer de sa’af  pour son travail la femme se rend à la plus proche palmeraie, elle a juste à demander l’autorisation du propriétaire qui la lui accordera sans hésitation. Nous avons ainsi affaire à un métier qui n’exige de l’artisane aucun capital pour l’acquisition de la matière première. Une fois les feuilles de palmier ramenées à la maison, la femme les découpe et les met à sécher au soleil. Tous ces travaux sont faits à la main. Elle procède ensuite au stockage de cette matière première qui doit être disponible en grande quantité, de sorte que l’artisane pourra y puiser, à chaque fois, la quantité dont elle a besoin pour son activité. Le stockage commence par le recours à un outil appelé al ballal (littéralement : le mouilleur) qui est une pièce de tissu provenant de ces sacs en jute que l’on remplit de dattes à l’époque de la cueillette, mais les artisanes peuvent aussi se servir simplement de vieux  birush. Le ballal sert à mouiller le sa’af qui est enfermé dans ces pièces de tissu, il est aspergé d’eau après que le sa’af a été mouillé car c’est lui qui conserve à ces feuilles de palmier la souplesse et la ductilité qui facilitent le tressage.

L’artisane travaille chez elle, à ses heures de loisir, à tresser différentes pièces de sa’af, lesquelles seront, selon la découpe de la feuille, à double, triple ou quadruple tressage.  Chacune de ces pièces tressées est appelée al kadeyka, et chaque type de tresse sert à la fabrication d’un produit ou ustensile précis. Ainsi, c’est la tresse quadruple qui est à la base de l’exécution des birush.

Telle est l’activité par laquelle la femme remplit ses moments de loisir. Le travail qu’elle accomplit a une finalité artistique tout autant que socialement utile. Il lui rapporte des revenus qui contribuent à améliorer l’ordinaire de la famille, et, partant, lui confère un statut important sur les plans social et familial. En même temps, la femme exprime par ce moyen son appartenance culturelle et affirme son identité qui est pour elle un motif de fierté, d’autant plus que le travail qu’elle accomplit puise dans un héritage culturel qui plonge profondément ses racines dans l’histoire de la région.

La fabrication des nattes en sa’af constitue une activité économique importante pour la société, c’est un moyen de production dont le statut est reconnu par la communauté car il répond à un besoin réel des gens, garantit la stabilité à une grande partie de la population en éloignant le spectre du chômage. C’est en même temps une activité qui contribue au renforcement des liens sociaux et, sans doute aussi, à l’équilibre tant de l’individu que de la communauté, tout autant qu’elle joue un rôle dans la résolution de nombreux problèmes socioéconomiques du pays.