Revue Spécialiséé Trimestrielle

LES CONTEXTES SOCIAUX:PRODUCTION DE LA CULTURE POPULAIRE ET ECRITURE DE L’HISTOIRE, AU SOUDAN

Issue 18
LES CONTEXTES SOCIAUX:PRODUCTION DE LA CULTURE POPULAIRE ET ECRITURE DE L’HISTOIRE, AU SOUDAN

Youssef Hassan Madani  (Soudan)

Il faut d’abord souligner que le cours ininterrompu de l’Histoire, c’est-à-dire de la vie qui ne cesse de se renouveler, au gré des évolutions politiques, économiques, sociales et naturelles, génère, à chaque étape, des valeurs, des principes éthiques, des mœurs et des formes d’expression en rapport avec les changements affectant les composantes essentielles de la société.

 

La culture populaire ne peut être éloignée de nous, dans l’espace ou dans le temps, car elle reste constamment liée à la vie passée – et, au fond, à la simplicité et à la pureté de la vie rurale. Telle est la ligne directrice de cette étude qui porte sur un des métiers de l’artisanat populaire au Soudan. L’auteur a enquêté sur ce métier tel qu’il s’est développé dans deux des grandes villes de ce pays : Om Dormane et Oued Madani, dans le cadre du mémoire de master qu’il a consacré à la fabrication du ‘anqarîb au Soudan.
La présente étude a donc pour objet un métier manuel que l’on peut considérer comme représentatif des activités liées à la culture matérielle, au Soudan. Tous les aspects de cette activité doivent être soigneusement examinés. Ainsi, le chercheur commencera par remonter à l’origine de ce type d’artisanat ; il en suivra ensuite le développement à travers les différentes périodes de l’histoire ; il en étudiera, sur cette base, l’expansion à travers le pays, avant de mettre en évidence ses multiples expressions culturelles et leur répartition selon les différents milieux géographiques.
Le chercheur se doit d’être attentif – quelle que soit, du reste, l’activité culturelle étudiée – aux différents aspects techniques du travail accompli, au long de la ligne de production, telle qu’elle se déploie, depuis la matière première jusqu’au produit fini. Il s’emploiera également à établir le lien entre les différentes formes de culture matérielle et le mouvement de la vie, c’est-à-dire la dynamique des évolutions politiques, économiques, sociales, voire naturelles.
La culture matérielle comprend les diverses activités centrées sur la production locale, elle-même héritée des temps anciens et, partant, étroitement liée à la vie du groupe autant qu’à son histoire, à ses valeurs, à ses us et coutumes, à ses croyances, à son existence de tous les jours. Une attention particulière sera accordée aux matériaux locaux, aux formes manufacturées, aux moyens et outils de production, mais aussi au statut de l’artisan local dont le travail est au service du groupe. De façon générale, la culture matérielle comprend les produits fabriqués à la main : ébénisterie et bois ouvragé, tissage des nattes, fer forgé, filature et textile, poterie… On y ajoutera la couture, la maçonnerie, la fabrication des outils pour l’agriculture, la pêche et la chasse, l’élevage, la cosmétique.
La fabrication du ‘anqarîb est une tradition qui remonte à la nuit des temps. L’étude se borne à l’examen de certains aspects de son évolution historique, notamment les outils et machines utilisés dans ce type de fabrication, tout en veillant à faire le lien avec les changements historiques, économiques et sociaux et leurs conséquences, en termes de mutations sociales et culturelles : ici, celles qui ont marqué l’histoire contemporaine du Soudan. Il va de soi qu’un examen rapide de la question ne pourra épuiser tous les aspects de la recherche relative à la place et à la fabrication du ‘anqarîb au Soudan.
Il est, toutefois, nécessaire, pour commencer, de présenter les métiers manuels en tant que tels et de s’arrêter sur la figure de l’artisan. Ces métiers relèvent du patrimoine que les membres du groupe se transmettent, de génération en génération. Les artisans produisent des objets que tous les membres du groupe utilisent à des fins sociales ou économiques bien déterminées. Mais le travailleur manuel est aussi un artiste qui sait concilier la recherche du beau avec la finalité pratique de son art et se sert, à cet effet, de ses deux mains en s’aidant d’outils très simples. Il est doté de cette intelligence intuitive qui lui permet d’avoir la claire perception des besoins du groupe et de la nature du produit qui lui est demandé. C’est précisément cette intelligence qui fera que son travail ne sera pas seulement la reproduction d’un objet en tous points conforme aux règles héritées du passé mais aussi une œuvre novatrice, une création authentique, fondée sur un travail de transformation nourri d’une véritable assomption de l’héritage culturel.
Le legs du passé est la base sur laquelle se construit la démarche créatrice. Le mot traditionnel (en anglais : traditional) ne désigne pas un passé devenu caduc, mais un processus qui fait qu’à chaque étape de l’histoire une tradition succède à une autre, faisant du passé une ligne avec un point de départ connu et des articulations visibles.

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