Revue Spécialiséé Trimestrielle

LE MARQUAGE DES CAMELIDES CHEZ LES BEDOUINS DE LIBYE L’EXEMPLE DES TRIBUS DE TARHOUNA

Issue 30
LE MARQUAGE DES CAMELIDES  CHEZ LES BEDOUINS DE LIBYE L’EXEMPLE DES TRIBUS DE TARHOUNA

Le marquage (wasm) est une très ancienne technique utilisée par les Arabes. Il s’agit de signes dont on marquait les bêtes, chameaux, moutons et autres et qui sont devenus, après un certains temps, des emblèmes sacrés dont ils se glorifiaient, qui leur servaient à orner divers objets, notamment leurs épées, qu’ils se faisaient, à l’occasion, tatouer sur les bras, à moins qu’ils ne les placent sur leur vêtement pour cacher des traces d’usure.

Les bédouins les appellent traditionnellement les feux car le feu dans le milieu désertique est un signe de reconnaissance et de ralliement tout autant qu’il sert à faire rougir le fer dont les chameaux sont marqués.
Un autre mot est également très répandu parmi les bédouins, c’est le mot de mihwar (axe). On dit le mihawar de la tribu pour désigner son wasm particulier. Le mot vient en fait du nom de la longue tige en fer dont ils se servent pour imprimer cette marque (sing. mihwar, pl. mahawir) sur le corps de la bête.
Le wasm a plusieurs fonctions qu’on peut résumer ainsi :

1- Imprimer une marque distinctive au patrimoine animalier (camélidés, ovins, caprins, bovins) de la tribu : les bêtes pouvant se mélanger à celles d’autres tribus, dans les pâturages et autour des points d’eau, le wasm permet d’éviter les différends pouvant surgir entre les bergers ; il arrive aussi que des vols ou des pillages liés à des agressions ou à des conquêtes soient commis, le wasm permet alors de reconnaître la bête volée sur les marchés ou près des points d’eau ; lorsqu’un mouton ou une chamelle s’égare, celui qui les retrouve n’a alors aucun mal à les restituer à leurs propriétaires.

Ces marques figurent aussi sur les affaires et les ustensiles de la tribu lorsqu’elles se déplacent pour commercer : il y a des chances si l’un de ces objets est égaré qu’il soit retrouvé grâce à la marque qu’il porte ; aucune confusion, non plus, n’est à craindre avec les biens d’une autre population. Il est également de tradition que les pèlerins  marquent du wasm de leur tribu leurs affaires et leurs bagages de sorte que chacun puisse reconnaître les siens.

Le wasm se rencontrait également sur les tombeaux, comme on le voit avec le sanctuaire de cet homme exemplaire, Sidi Belaïd Al Fitouri, qui repose au cimetière d’Aqal à Benghazi et dont la sépulture porte un wasm formé de ces deux lettres lamalif (l/a) accolées.
En Libye, les populations ont élargi l’usage du wasm en l’imprimant sur les camélidés, les épées, les poignards, les marchandises, les bijoux les plus précieux qui sont transmis d’une génération à l’autre.

2- Le wasm sert à parapher les lettres et les traités : il est le signe de la tribu, le symbole dont elle marque tout ce qui tient à elle : anciennes correspondances, traités, actes de propriété foncière qui étaient paraphés par les cheikhs de la tribu, lesquels avaient fait du wasm leur sceau ou l’équivalent, pour l’époque actuelle, de la signature, étant de fait les porte-parole de la tribu. Tel était le cas pour les Touaregs et pour les habitants de Ghadamès, comme le Touareg Mohamed Ibrahim Akuka l’a signalé à l’auteur qui a également rencontré un homme de la tribu de Ouled Slimane, appelé El Hadj Bachir Bouaouina Az-zakraoui qui paraphe ses mémoires du wasm de sa tribu.

3- Le wasm du camélidé, en particulier le chameau qui est utilisé comme monture : cet animal est appelé zawzel car il s’agit d’un chameau qui a été châtré par l’ablation de ses deux testicules afin qu’il soit consacré aux déplacements, comme c’est le cas chez les Touaregs et les Toubous. Le plus souvent, le zawzel est de la race des méharis qui sont des camélidés rapides à la course. Une fois castré, le chameau perd certains attributs de la virilité, il cesse de blatérer et d’extérioriser la chaqchaqa (poche d’eau). Les bédouins placent sur sa cuisse gauche  un signe qui le désigne comme un zawzel qui ne peut servir à la procréation, de sorte qu’il n’y ait pas d’erreur  sur une bête destinée aux seuls clients qui sont à la recherche d’une monture. Un Touareg m’a également indiqué que le wasm a également une utilité médicale car une saignée est pratiquée à l’occasion du marquage qui permet de donner plus d’agilité aux pattes arrière de l’animal, une fois la castration opérée.  Le wasm consiste, dans ce cas, en deux traits parallèles (=).

4- Le wasm a une vertu médicinale : les bédouins sont experts en matière de traitement des maladies des camélidés, lesquels constituent l’essentiel de leurs biens et la base de leur survie. L’un des traitements les plus fréquents est la cautérisation. 

 

Muhammad Ali Altarhuni
Libye

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