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LE CONTE POPULAIRE : Origine et extension
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Issue 45
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LE CONTE POPULAIRE : Origine et extension
Issue 45

 

Dr Saïd Bouaita (Maroc)

 

L’étude part de la comparaison de trois versions d’un même conte populaire qui semblent, à première vue, constituer trois récits différents, mais qu’un travail de déconstruction a permis, à travers la mise en évidence de leurs composantes essentielles, de montrer qu’ils nous renvoient, au final, à un seul et même conte. La première version est une vieille histoire arabe intitulée Wafaqa channun tabaqah (que l’on pourrait traduire par le dicton : ‘’Les deux font la paire’’). La deuxième version est un conte populaire égyptien ; la troisième un conte syrien intitulé : ‘’La fillette intelligente’’.

L’étude n’entre pas dans le détail de ces trois versions (les différents éléments constitutifs de chaque version figurent en annexe), mais l’auteur s’arrête sur les principales séquences narratives de chaque conte, pris à part, pour en déterminer la structure et en suivre le déroulement. Structure, développement de l’intrigue, question posée et/ou énigme constituent l’essentiel de ces trois récits et représentent à l’évidence le dénominateur commun aux trois versions. Sur cette base, l’étude a pu dégager les ressemblances et les différences afin de déterminer l’origine, les variations et les changements structurels survenus à partir du moment où la version seconde a évolué par rapport au récit premier. L’étude repose en somme sur une approche comparative.

La plupart des études anthropologiques et des recherches folkloriques sont en fait quasi-unanimes à reconnaître que toutes les expressions populaires, quelles qu’en soient la forme et la nature relèvent fondamentalement d’une même finalité humaine et sociale : donner forme aux représentations populaires du réel et à la perception par le groupe de l’existence et de son propre vécu. Ces expressions relèvent également d’un effort visant à combler le fossé entre le connaissable et l’inconnaissable dans le processus d’interprétation des manifestations que l’esprit humain est incapable d’appréhender et d’expliquer. Le patrimoine populaire représente, en ce sens, un espace fertile où les sociétés humaines résument leurs expériences et déploient l’historique des grands événements qu’elles ont vécus. Il s’agit là d’un héritage universel transcendant la plupart du temps l’espace et le temps. Il en ressort que, du point de vue cognitif et historique, tous les peuples du monde ont, sans exception, contribué à ce processus ininterrompu de mise en forme. Il n’est pas de groupe humain qui n’ait, quelles que soient sa composition et son niveau d’évolution, sa propre culture et son héritage populaire authentique. C’est ce qui explique à cet égard les ressemblances qui existent, tant au plan de la forme (contes, légendes, proverbes…) que du contenu, entre les diverses expressions populaires. De telles ressemblances sont – du moins du point de vue de l’auteur – liées à la nature de l’esprit humain qui est porté par sa nature à rechercher les causes et à s’interroger sur les conséquences. Les hommes se reconnaissent en effet dans les mêmes valeurs – tolérance, justice, amour du bien, et les mêmes antivaleurs – injustice, tyrannie, etc. – qui restent invariables à travers l’espace et le temps. Il ne faut guère s’étonner dès lors de rencontrer un conte indien qui ressemblera à un haut degré à un conte connu depuis longtemps dans le monde arabe. Et c’est en vain que l’on tentera de limiter telle ou telle forme d’expression populaire à une seule partie du monde, comme le font les frères Jacob et Fillham Gram lorsqu’ils avancent que les contes ont, tous, pour origine l’époque indo-germanique et se rapportent nécessairement aux peuples vivant dans cette aire géographique, à l’exclusion de tous les autres. Theodor commet la même erreur lorsqu’il pose que l’Inde est la véritable patrie de tous les contes.

Les arguments avancés par certaines études pour affirmer le caractère local ou national d’un patrimoine populaire se heurtent toujours aux ressemblances qui se révèlent entre ce patrimoine et d’autres patrimoines appartenant à des cultures différentes. De telles ressemblances viennent confirmer le fait que, de façon ou d’autre, les formes d’expression populaire se rejoignent, tant au niveau de la structure que du contenu, conférant ainsi au conte populaire sa dimension universelle.