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Issue 45
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LA CULTURE POPULAIRE CHEMINS ACTUELS ET PERSPECTIVES  FUTURES Un état des lieux en vue du prochain Congrès mondial de l’IOV
Issue 45

 

 

Depuis son siège de Bergame, en Italie, le Secrétariat général de l’IOV a appelé, par divers moyens, dans les six langues de travail de l’ONU, les chercheurs dans les différentes régions du monde à participer aux travaux du Congrès mondial qui se tiendra, sous l’intitulé LA CULTURE POPULAIRE : CHEMINS ACTUELS ET PERSPECTIVES  FUTURES, en parallèle avec l’Assemblée générale de l’Organisation, à Sharjah, Émirats Arabes Unis, en avril 2019. Et tout porte aujourd’hui à croire que cet appel a eu un grand retentissement auprès de larges secteurs d’intervenants dans ce domaine.

Le Comité scientifique qui a charge de recevoir les synopsis a reçu plus de 600 propositions de la part de savants, chercheurs et enseignants appartenant à 163 pays. Les approches et éclairages qui se sont exprimés à cette occasion ont révélé de grands écarts quant à la réalité présente et aux perspectives futures de la culture populaire, dans les différents pays. Ces écarts semblent criants, dans le cas de certains Etats dont les chercheurs en sont encore à réfléchir sur les problèmes et les défis liés à cette culture, et à hésiter sur la nécessité d’en collecter, enregistrer et conserver la matière, d’en explorer les fondements et d’œuvrer à inscrire ce patrimoine dans le vécu des présentes générations, dans le temps où nous espérons, nous qui sommes les enfants de la culture actuelle, qu’il n’est pas trop tard et que le legs du passé n’est pas perdu à jamais !

Une majorité de pays arabes se sont malheureusement retrouvés dans la cohorte des Etats qui n’ont pas agi à temps pour enregistrer et sauvegarder leur patrimoine populaire selon les normes scientifiques reconnues. Ces pays tentent aujourd’hui de retrouver ce legs perdu, collectant, ici et là, de rares vestiges, essayant de repérer les éléments consignés par des voyageurs étrangers au cours de leurs trop brefs passages – tâche ô combien facile et de peu de profit !

D’autres pays arabes sont, eux, à la moitié du chemin. Leurs enfants les plus méritants, mus par la seule passion et se dépensant sans compter, ont pu en effet collecter sur le terrain de nombreuses et précieuses matières orales qu’ils ont consignées et publiées, le plus souvent après avoir veillé à les établir, parfois aussi sans beaucoup de rigueur. Les travaux les plus importants et les plus efficaces figurent à cet égard dans des thèses académiques ou dans le cadre d’ouvrages publiés par des universitaires ou des spécialistes, même s’il convient de ne négliger ni le travail des amateurs éclairés, ni les matières premières qu’ils ont recueillies.

Les recherches provenant de ces pays auront donc tendance à porter sur les questions de collecte sur le terrain, sur les difficultés ou entraves qui pourraient surgir lors du traitement ou de l’enregistrement de la matière ainsi que sur les problèmes de publication, toutes choses qui ont été dépassées depuis longtemps dans d’autres régions du monde, mais qui persistent dans ces pays malgré les œuvres magistrales produites par des poètes, des hommes de théâtre et des compositeurs qui ont puisé leur inspiration dans le patrimoine populaire.

Telles sont les problématiques que l’on trouve dans les arguments présentés par les chercheurs venus de pays qui en sont encore aux étapes du classement et de la documentation des matières, alors que la plupart des propositions provenant d’Europe occidentale et de certains pays d’Europe de l’est ont dépassé cette étape et commencé d’ores et déjà à poser la question des nouvelles technologies de traitement de la matière patrimoniale et de sa transmission aux générations futures au moyen d’applications simples, accessibles et attractives.

Certains de ces synopsis présentent de façon claire les expériences de générations entières appartenant à des peuples aussi divers que nombreux qui ont participé à des festivals d’arts populaires avec leurs vieux instruments qu’ils ont développés et modifiés en vue de produire les mêmes œuvres musicales, tout en renouvelant le matériau des tenues portées par les danseurs afin d’alléger leurs mouvements et de mieux les adapter aux danses folkloriques inspirées du patrimoine.

Quelques synopsis proposent des valeurs et des visions nouvelles quant à l’appréhension de la matière patrimoniale et de ses principales sources, le but étant de procéder à la révision de certains termes et concepts usuels sur la base de normes nouvelles et aux fins d’ouvrir d’autres horizons. C’est ainsi que la culture populaire va s’engager sur la voie de l’avenir. Les différents écarts de niveau, de méthode et d’orientation qui ressortent de la lecture des synopsis proposés tout autant que les points qui seront développés par les recherches à présenter dans le cadre du Congrès mondial sont le clair reflet des inégalités et des écarts en rapport avec la sollicitude dont la culture populaire a bénéficié auprès des différents peuples de la planète, depuis le moment où elle est devenue un sujet d’étude jusqu’à ce jour.

Même si les Etats du monde sont, en tant que membres de l’UNESCO, supposés mettre en œuvre un agenda précis pour développer la protection et la préservation du patrimoine culturel matériel et immatériel, la distance reste grande entre les obligations découlant de l’agenda international et les réalisations accomplies sur le terrain. Elle l’est d’autant plus qu’au lieu de participer aux travaux de cette organisation internationale avec des délégations formées d’experts dans la spécialité, la plupart des Etats dépêchent des fonctionnaires que le sujet ne concerne ni de près ni de loin. Et c’est ainsi que l’on voit, ici, des délégations dont les membres se relayent pour occuper les sièges réservés à chaque Etat, et là, d’autres qui brillent par leur absence. La caravane passe, aux retardataires il ne reste que les yeux pour pleurer.

 

Ali Abdulla Khalifa

Chef de la rédaction