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Issue 43
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LES ANCIENNES COUTUMES ET TRADITIONS DU MARIAGE DANS LES EMIRATS ARABES UNIS
Issue 43

Dr Badria Al Shamsy

 

Les coutumes et les traditions populaires nous donnent une image exhaustive de la vie d’une société donnée. Elles confèrent à cette vie un éclat et en même temps une légitimité, car c’est l’existence humaine qui vient se proclamer en tant que telle, à travers ces coutumes et traditions qui mettent entre les mains des hommes les armes par lesquelles ceux-ci pourront affronter les secrets de l’existence et les problèmes de la vie.

Coutumes et traditions populaires constituent également l’outil par lequel l’homme consolide ses rapports avec la société à laquelle il appartient. Elles forment, en outre, le creuset dans lequel se fondent les autres éléments du patrimoine populaire, car elles représentent l’acte social que chaque membre d’une communauté se doit de respecter, affirmant de la sorte son attachement à s’intégrer au groupe et à marquer la satisfaction et l’engagement que lui inspire le sentiment d’appartenance à la communauté.

Fait pour répondre en toute circonstance aux exigences du groupe, l’acte social passe d’un membre de la communauté à l’autre de manière à définir le comportement approprié et les règles qui commandent les décisions individuelles. De telles lignes de conduite génèrent fort souvent des formes d’expression langagières, littéraires, musicales ou gestuelles novatrices.

Les coutumes ont un lien direct avec les croyances des gens. Elles y puisent leur inspiration et leur forme d’organisation. Il n’est de famille, de clan, ni de nation qui n’ait le respect  de ses coutumes et traditions. Celles-ci accompagnent au plus près la vie de l’individu et celle du groupe autant qu’elles s’adaptent aux évolutions. C’est ce qui fait que certaines ont fini, avec le temps, par disparaître et d’autres par se transformer. Mais un examen approfondi des comportements individuels ne tarde pas à faire apparaître la continuité des coutumes et traditions, quand bien même celles-ci auraient  pris en apparence de nouveaux habits ou une gestuelle d’emprunt.

Les progrès fulgurants des études en sciences humaines ont permis de grandes avancées sur tout ce qui a trait aux règles et lois coutumières. Elles ont notamment révélé l’existence de ressemblances et de répétitions entre des coutumes anciennes, voire archaïques, et d’autres qui continuent, aujourd’hui encore, à avoir une fonctionnalité dans la plupart des sociétés modernes.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente recherche qui a essentiellement pour but de comprendre les coutumes et les traditions du mariage dans la société émiratie avant l’ère du pétrole, c’est-à-dire au cours de la période qui va du milieu du siècle dernier jusqu’à 1971, date de la naissance de l’Etat des Emirats arabes unis. Avec le temps, les populations émiraties ont vu disparaître ces coutumes et traditions du mariage de l’ensemble des « zones montagneuses, côtières et désertiques » qui constituent leur pays, comme ont disparu les différences qui existaient par le passé, au niveau de telles coutumes, entre ces différentes régions du territoire national. L’auteur compare les anciennes traditions avec celles qui prévalent aujourd’hui afin de préserver la mémoire d’un patrimoine national qui concerne l’un des cycles les plus importants de la vie humaine : le mariage. Elle a collecté à cet effet le récit de cent témoins, hommes et femmes, dont certains ont connu et pratiqué ces us et coutumes, au cours de la première moitié du siècle dernier, et d’autres assisté, avec la naissance des l’Etat des Emirats arabes unis, à l’émergence et au développement de nouveaux usages imposés par le progrès et l’ouverture sur d’autres cultures. L’enquête a permis de documenter des coutumes et des traditions qui ont disparu, et d’autres qui ont gardé leur identité malgré les changements et les évolutions que le pays a connus.

En marge des résultats auxquels l’étude – qui a clairement défini ses objectifs – est parvenue, l’ouvrage qui en est l’aboutissement répertorie et relate l’histoire des pères et des mères qui jouèrent un rôle actif au sein de cette petite société, celle des artisans et des professionnels qui furent lors de ces cérémonies les cuisiniers, les couturières, les préposées au henné, les marieuses, les ma’dhun (pluriel ma’dhunin : les notaires qui président à la signature de l’acte de mariage) qui sont des hommes de religion dont la fonction était centrale au sein de la société traditionnelle étudiée dans l’ouvrage. Ils nous ont quittés, mais notre devoir envers ces hommes et ces femmes est de conserver la mémoire de leurs nobles actions afin que leur nom soit connu parmi les nouvelles générations de ce pays. L’auteur est convaincue que cette étude a apporté, en consignant les divers métiers liés à ces coutumes ancestrales et en mettant en lumière le rôle de ces personnes qui ont servi la société au cours de cette période, quelque chose de nouveau au patrimoine émirati. Elle espère que son travail incitera d’autres chercheurs à mener des recherches plus étendues et approfondies sur ces métiers.