Langue Issue

Lire dans cette édition

LES CROYANCES POPULAIRES FONDEMENTS ET MANIFESTATIONS DANS LA PRATIQUE REELLE
Depuis que l’homme s’est ouvert sur la nature, tous les hommes à travers le monde...

IMAGE ET STATUT DE LA FEMME Rapports de domination dans les sociétés humaines et référent religieux
L’attention s’est finalement portée, compte-tenu des intenses progrès que ...

LES AMES DES JUMEAUX : UNE CROYANCE POPULAIRE DE LA HAUTE-EGYPTE
L’enquête sur le terrain et la recherche bibliographique sur la circulation des âm...
42
Issue 42
Vous pouvez télécharger la question (PDF) à partir de ce lien
AUTOUR DU PATRIMOINE ISLAMIQUE : Forme et signification des motifs et ornements du tapis artisanal à fils noués
Issue 42

 

Hayel al Quntar

Ecrivain. Syrie

La période qui s’étend entre les années 50 et les années 70 du siècle dernier a vu une importante succession d’études occidentales sur le tapis artisanal à fils noués qui ont donné lieu à de brillantes perspectives, mettant, pour certaines, en évidence la nature et l’importance de ce patrimoine et, pour d’autres, les ouvrages publiés par les spécialistes dans ce domaine.

Le tapis artisanal à fil noué a servi depuis des milliers d’années à divers usages. Les familles ordinaires l’ont utilisé pour tapisser leurs demeures, emmagasiner les grains ou en tant que couverture. Mais  les monarques et les empereurs se sont attachés à en faire l’acquisition pour décorer leurs palais et donner une image de prospérité de leurs pays. Si le tapis est l’une des formes d’artisanat qui remontent à la nuit des temps, sa fabrication n’a connu un début de célébrité qu’au XIe siècle lorsque les Seldjoukides ont assis leur domination sur l’Iran. Mais cet art a vu un véritable essor aux XVIe et XVIIe siècles, sous le règne des Safavides en Iran, et plus particulièrement sous le Chah Abbas le Grand (1587-1629).

En Anatolie, cette industrie a prospéré à partir du XIIIe siècle, comme en témoigne le tapis qui se trouve dans la mosquée d’Ala Eddine  à Konya. Ces tapis turcs ont été reproduits dans de nombreux tableaux italiens et allemands, peints  entre le XIIIe et le XVe siècles. En Syrie et en Egypte, l’industrie du tapis a connu une grande expansion sous le règne des Mamelouks. La région du Caucase a, elle aussi, vu prospérer depuis des siècles la fabrication du tapis, dont les modèles les plus fameux venaient d’Arménie.

Le tapis artisanal est fabriqué sur des métiers à tisser érigés verticalement, mais les nomades utilisaient des métiers horizontaux plus faciles à monter et à démonter. La trame du tapis consiste en des fils en coton fixés sur les bords supérieur et inférieur du métier et des fils en laine ou en soie qui sont noués à la main aux fils de coton et constituent la façade soyeuse du tapis. L’ouvrage confectionné avec soin et présentant de beaux motifs et coloris est une œuvre d’art comparable à un beau tableau, auquel s’ajoutent les idées et les croyances  de peuples anciens dont ce tableau est porteur et qui résident en ce jeu de symboles où s’entremêlent patrimoine, civilisation, croyances et mode de vie. 

De nombreux chercheurs ont considéré le tapis comme un patrimoine islamique par excellence, étant donné que la majorité des pays producteurs appartiennent à l’islam ou comptent parmi leur population un nombre important de musulmans. Même s’il a été inventé des siècles avant l’arrivée de l’islam, la prospérité qu’il a connue et les soins dont il a été entouré depuis le XIIIe siècle sont liés à l’expansion de la civilisation islamique et à l’efflorescence artistique des ornementations islamiques qui représentent le monde d’un point de vue islamique. On distinguera à cet égard, pour le tapis oriental, deux techniques : les ornementations naturelles et les ornementations géométriques.