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Issue 42
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LA FABRICATION DE L’AOUD YEMENITE DE SANAA UN METIER EN VOIE DE DISPARITION
Issue 42

 

Mohamed Ali Thamer

Ecrivain et chercheur. Yémen

 

Le ‘ud ou l’aoud (luth oriental) de Sanaa aux quatre cordes est resté jusqu’à la deuxième décennie du XXe siècle l’instrument musical en usage au Yémen. Cet ancien instrument au ‘’ventre’’ recouvert de cuir a, d’autre part, conservé son statut historique, même s’il a perdu le nom, al mîzhar, par lequel il a été connu jusqu’à ce que ses quatre cordes fussent devenues cinq et que son ‘’ventre’’ eût pris une forme en bois, devenant ainsi cet instrument moderne, appelé  aoud.

Mais, de nos jours, cet instrument yéménite – l’aoud de Sanaa, dit également tarabi ou qanbous – est menacé de disparition. Car, depuis qu’il a été abandonné par les artistes et les musiciens au profit de l’aoud arabe, il ne se rencontre plus guère que dans les musées nationaux ou chez certains particuliers qui en ont conservé des exemplaires chez eux, à titre de curiosité historique sans plus.

Voilà qui devrait nous inciter à faire revivre ce bel instrument et à le remettre en usage afin de le préserver de l’oubli et d’ajouter un instrument à cordes d’une rare tonalité aux autres instruments qui se rencontrent au Yémen et dans les autres pays arabes. Il est plus que jamais nécessaire de conserver de tels instruments et d’exhorter les autorités concernées à encourager leur utilisation et la transmission de leur apprentissage dans les instituts de musique et les écoles d’art. Des ateliers spécialisés devraient également être ouverts pour attirer les artisans les plus doués, les former à la fabrication de l’ancien aoud, selon les normes et les spécificités traditionnelles, mais aussi les initier à l’entretien et à la réparation de cet instrument afin d’en assurer la pérennité de sorte qu’il demeure le symbole vivant du patrimoine musical du Yémen.

L’UNESCO a inscrit, le 7 novembre 2003, le chant de Sanaa sur la liste du patrimoine oral (immatériel) de l’humanité et, par là-même, les instruments qui y sont liés depuis les temps les plus anciens, soit, en premier lieu, l’aoud du tarab (mélodie) propre à Sanaa.  Car c’est, précisément, ce lien ancestral entre l’instrument et le son qui confère à cet art sa beauté et son éclat, et en fait une expression unique par sa finesse et la beauté de sa mélodie.

Le problème, ici, est qu’aucune action propre à revivifier cet art traditionnel n’a été entreprise, si bien que l’aoud yéménite – le tarabi, le tanbous – est sur le point de s’effacer et de disparaître à jamais. Les causes en sont nombreuses : les musiciens qui se sont tournés vers les aoud importés de Syrie, du Liban ou d’Egypte ; l’Etat, en deuxième lieu, qui s’est désintéressé de cet artisanat à l’histoire glorieuse et n’a guère encouragé les artisans à s’y atteler et à le faire revivre.

C’est pourquoi l’auteur appelle les parties concernées par le patrimoine culturel au Yémen à coordonner leurs efforts avec l’UNESCO en vue d’entreprendre une campagne de documentation et de formation en direction des générations montantes afin de mettre à l’ordre du jour la fabrication du aoud ‘’tarabique’’ de Sanaa et d’encourager l’esprit d’émulation en vue de la production d’instruments performants relevant de cette belle tradition. Tout aussi nécessaire est la participation aux foires et expositions ainsi qu’aux festivals artistiques et musicaux, tant à l’intérieur du pays que sur le plan international, pour faire connaître et commercialiser cet aoud traditionnel. Ce serait la meilleure façon de servir la musique yéménite et les différents instruments qui lui confèrent son charme particulier.