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Issue 42
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LES AMES DES JUMEAUX : UNE CROYANCE POPULAIRE DE LA HAUTE-EGYPTE
Issue 42

 

Nahla Imam

Ecrivain. Egypte

 

L’enquête sur le terrain et la recherche bibliographique sur la circulation des âmes des jumeaux sous la forme de chats, en Haute-Egypte, ont permis à l’auteur d’aboutir aux résultats suivants :

  1. La croyance dans les âmes se forme selon des processus qui diffèrent d’une culture à l’autre, et la recherche sur les origines de telle ou telle croyance ou sur ses évolutions à travers l’histoire a bien du mal à aboutir à des certitudes. La transmission demeure à cet égard la donnée la moins incertaine, mais le point zéro tout autant que le développement  historique des croyances restent hors d’atteinte pour le chercheur. Si certains indices incitent à penser que celles-ci pourraient remonter à l’ancienne Egypte, l’auteur estime, pour sa part, que les preuves sont loin d’être inattaquables.
  2. Les points de convergence entre les représentations mentales et le credo religieux officiel sont de nature à renforcer et à pérenniser de telles croyances. Car, même si la croyance populaire tente de s’appuyer sur la croyance religieuse pour se légitimer, et si, de son côté, le credo religieux rejette catégoriquement tout rapport avec ce type de conviction, la croyance populaire, en tant qu’elle constitue le soubassement de la culture, n’en demeure pas moins le terreau commun où se rencontrent les individus, par-delà leurs appartenances confessionnelles.
  3. Les croyances populaires ont besoin d’une approche multidisciplinaire où la psychologie viendrait épauler l’anthropologie et les sciences du folklore. L’approche psychologique est devenue incontournable lorsqu’on on aborde l’étude des croyances populaires. Mais ce domaine de la recherche ne peut être sollicité et donner lieu à des analyses efficientes sans qu’il y ait interaction entre les différentes  méthodes qui permettent de répondre aux multiples interrogations qui semblent profondément enracinées dans la sensibilité populaire. Celles-ci varient en effet au gré des mutations historiques mais résistent obstinément aux évolutions de la modernité.
  4. De telles croyances se retrouvent dans les représentations et les postures mentales qui se rencontrent dans quelques pays du continent africain où diverses croyances tournent également autour de la gémellité.
  5. La croyance, en Haute-Egypte, à la circulation des âmes des jumeaux transcende les frontières entre les sexes, les classes sociales, les niveaux d’éducation et les convictions religieuses. La plupart des individus, tous sexes, classes sociales, niveaux scolaires confondus, et par-delà l’appartenance à l’une ou l’autre des deux religions du pays, ne condamnent pas plus qu’ils n’incriminent le fait que l’on cherche à se protéger contre ces « âmes », comme on se prémunit contre une maladie, ou que l’on interdise aux enfants de sortir, pour qu’ils ne se mettent pas en danger. Plus encore, ils adhèrent volontiers à de telles croyances.
  6. Les communautés rurales ont toujours eu un rapport particulier aux animaux. Intéressants sont à cet égard les attributs et les pouvoirs dont le chat se trouve doté, et nombreuses les croyances qui lui confèrent plusieurs âmes et donnent une dimension surnaturelle à ses yeux lorsqu’ils brillent dans les ténèbres. D’autres croyances se rapportent aux sons émis par les chats, sans parler du chat noir qui suscite diverses formes de pessimisme, ni du proverbe populaire qui attribue à ce petit félin « sept âmes », en raison de sa capacité à effectuer des bonds prodigieux et d’escalader arbres et murs sans se blesser. Deux visions se trouvent réunies dans ces diverses croyances que la société estime étranges dont on ne s’étonnera pas que la pensée populaire leur ait trouvé une explication.