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Issue 41
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LES INVOCATIONS RITUELLES POUR FAIRE VENIR LA PLUIE EN PERIODE DE SECHERESSE EN ALGERIE Sur quelques rites observés à l’aube du XXe siècle
Issue 41

Samir Aït Oumghar

Chercheur universitaire. Maroc.

 

En Algérie, les prières collectives organisées pour appeler la pluie ne sont pas nommées – comme dans le reste des pays arabes – prières d’al istisqae (mot qui suggère une demande d’’’arrosage’’), mais talab an-naw (littéralement : demande de la pluie), expression qui sous-entend naturellement que la demande s’adresse au Très-Haut, lequel est invoqué à Tlemcen sous le nom de al-latîf (le Très-doux – le Compatissant). Quant à la sécheresse, elle est désignée par deux substantifs : al wakfa (l’arrêt) et al yabsa (ce qui durcit ou se durcit). Lorsqu’il s’agit d’al wakfa, c’est que l’on peut encore sauver la récolte pour autant que la pluie finisse par tomber. Al yabsa désigne, par contre, une sécheresse qui dure au point que la récolte est perdue parce que tout s’est desséché et qu’il est trop tard pour sauver la plante, même s’il pleuvait dru par la suite.

Ces cérémonies n’étaient organisées que lorsque le déficit en pluvie menaçait les récoltes et les pâturages. Il s’agissait donc de rites agraires pour faire venir les pluies indispensables à l’agriculture. Même si elles n’étaient pas nécessairement organisées de façon annuelle, ces prières se tenaient la plupart du temps au cours de la même saison, généralement en hiver ou au début du printemps, c’est-à-dire à l’époque où les graines qui n’ont pas encore mûri se trouvent menacées de mourir de soif. Ainsi, lorsque la sécheresse s’installe en automne, à l’époque des semailles et que la plante ne sort pas de terre, faute d’eau, aucune prière, aucune oraison collective n’est organisée pour qu’il pleuve.

Lorsque la sécheresse perdure et que la pluie refuse de venir, les lettrés – pour autant que la tribu en compte quelques uns –, les hommes de grande piété et les élèves en apprentissage du Coran sortent en cortège pour rendre visite aux mausolées des saints. Les enfants avancent, tête nue ; pour les lettrés, ils sont pieds nus ; les hommes de piété et de rectitude se voient, de leur côté, contraints de se dépouiller complètement de leurs vêtements, ils marchent avec le groupe en poussant des hurlements parce qu’on leur a imposé de se dénuder. Un va-et-vient s’organise alors qui conduit le cortège à aller d’un mausolée à l’autre, en récitant des versets du Coran. Chacun regagne ensuite sa tente, et les festivités s’achèvent par une offrande présentée au plus important des saints de la région.

Cette offrande liée au rite d’al istisqae consiste en le sacrifice par un groupe important de personnes d’un animal qui est le plus souvent un bœuf, un mouton ou un bouc. Si c’est un seul individu qui se charge de présenter l’offrande pour quémander les bonnes grâces du Saint, il lui suffit de sacrifier un coq ou une poule.