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LES ‘AOUACHIR, LES OFFRANDES ET LA ‘ULA Enquête de terrain sur la signification des activités agricoles dans la région de Tébessa en Algérie
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Issue 40
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LES ‘AOUACHIR, LES OFFRANDES ET LA ‘ULA Enquête de terrain sur la signification des activités agricoles dans la région de Tébessa en Algérie
Issue 40

Brahim ben Arfa

 

Rites, pratiques et cérémonies sont partie des croyances populaires et ne sauraient être isolés de l’héritage culturel des peuples dont ils constituent l’une des composantes. Les rites pratiqués désignent une forme de trêve conclue avec les puissances occultes. Les cérémonies qui les accompagnent à différentes périodes de l’année constituent un acte de gratitude pour la récolte abondante que l’on a obtenue. Cet acte est célébré à travers les offrandes présentées aux voisins et aux proches et l’organisation de brèves cérémonies d’une grande simplicité en remerciement pour une récolte généreuse. Il s’agit d’actions héritées de génération en génération mais qui ont commencé à s’estomper en raison de multiples facteurs. L’auteur essaie dans ce travail à lever le voile sur ces pratiques et de les expliciter.

L’étude des rites, des symboles et des pratiques qui y sont liés constitue un riche terrain d’étude pour comprendre ce qui se passe dans l’esprit des membres de la société. C’est aussi un domaine fécond pour découvrir les représentations, les images et la symbolique interprétative de certains événements et manifestations tels qu’ils sont produits par l’imaginaire populaire et par la raison souterraine qui gouverne les sociétés locales. L’étude de ces productions est devenue un objet de science tout autant qu’un domaine fertile pour les études ethnologiques et les analyses anthropologiques. Toutes ces pratiques sont en effet classées sous la rubrique du ‘’sacré’’ ou relèvent de ce que l’on appelle dans les pays arabes en général, et plus particulièrement en Algérie les ‘aouachir (journées d’abstinence et de purification à la veille du mois saint du Ramadan) qui s’accompagnent de pratiques culturelles à l’intérieur comme à l’extérieur de la famille. Les cérémonies de khitan (circoncision), les fêtes de mariage, les rites funéraires, le mouled al sharif (la fête sacrée de la naissance du Prophète), ainsi que certaines périodes de jeûne sont célébrés au cours de ces journées du mois de Ch’abane. La croyance en la bénédiction des saints, la visite aux sanctuaires, mais aussi les rites accompagnant les différentes activités agricoles et les soins apportés aux plantes et aux récoltes : semailles, plantation d’arbres, désherbage, greffes, binage, moissons, etc., donnent également lieu à des festivités. Parmi les pratiques qui relèvent de la sphère des bénédictions nous avons également la danse de la hadhra, présente dans certaines communautés locales où elle a pour finalité de chasser les djinns et les esprits maléfiques, surtout au cours de la période précédant le mois de Ramadan. Car c’est au cours de ce mois sacré que les démons sont mis dans les fers. La nuit, la vie connaît alors une intense animation. Mais s’il s’avère que les démons ont pu poursuivre leurs activités et qu’ils risquent de nuire aux gens, notamment aux heures les plus sensibles de la nuit, les villageois se sont accoutumés à multiplier les actes de charité et à recourir à la médecine traditionnelle pour se prémunir contre les méfaits de ces ‘’habitants de l’autre monde’’. Toutes ces actions sont accomplies selon un calendrier précis où l’année lunaire se mélange à l’année solaire, les pratiques étant organisées, tout au long de l’année, soit sous la forme de rites, soit sous la forme de festivités, et cela dans le but qu’une trêve soit conclue entre les forces surnaturelles et la nature. Les gens aspirent à pouvoir, en contrepartie de ces pratiques rituelles, vivre en paix.

 L’auteur a tenté dans cette étude de faire le lien entre deux thèmes de la recherche en philosophie et en anthropologie : le thème du temps et celui de la culture populaire en tant qu’ils s’interpénètrent à l’intérieur d’une suite de pratiques, de rites et de représentations.