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Issue 40
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L’art d’allumer les bougies
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Lors du 14e Congrès scientifique des pays d’Europe, organisé récemment par l’Organisation internationale de l’art populaire, IOV, dans la ville autrichienne d’Andorf, avec la participation d’un ensemble d’éminents folkloristes européens, d’importantes études ont fait l’objet de communications donnant lieu à des débats de haut niveau, qui se sont déroulés dans un climat de grande sérénité. Ces études ont traité de l’impact que pourrait avoir l’intégration de migrants issus de multiples cultures et parlant diverses langues sur la culture européenne dans l’ensemble des pays du continent. Le sujet est en effet crucial, il constitue une préoccupation centrale pour ceux qui sont hantés par la pureté de leur propre culture et s’interrogent sur sa capacité à se mélanger aux autres cultures et à interagir avec elles, étant entendu que ces influences venues de l’extérieur et bien d’autres ne pourront à la longue, quoi qu’on veuille, être évitées. Le véritable défi est de les connaître et de se préparer à les accueillir. C’est, en tout cas, ce qui a fait de ce Congrès un événement d’importance qui met la problématique de la culture populaire au cœur des événements et invite à en scruter attentivement les évolutions.

LA CULTURE POPULAIRE, qui est, à notre connaissance, la seule publication arabe en trois langues à être distribuée sous forme papier dans 161 pays et à paraître en six langues sur son site électronique, a dû se confronter à cette occasion à de nombreuses opinions selon lesquelles l’ensemble de la matière qu’elle a présentée aux lecteurs, au cours de ses dix années d’existence, s’inscrit dans une optique excessivement locale qui ne dépasse pas les premières étapes de l’approche scientifique qu’appelle la culture populaire. Les différentes études continueraient ainsi de parler d’un travail de collecte et  d’enregistrement qui n’aurait pas atteint l’étape de la classification, de la conservation et de la documentation. Un effort se limitant, en somme, au repérage des premiers indices et à l’extraction des données enfouies dans une matière enregistrée que l’on aurait tardé à découvrir. Il n’y aurait guère de nouveauté, sauf rare exception, dans la lecture présentée par les chercheurs arabes à partir d’une matière déjà collectée, documentée et analysée. Les signes prometteurs d’une vision novatrice du patrimoine que l’on pourrait entrevoir, ici et là, ne  seraient au fond que de timides balbutiements peinant à apparaître au grand jour.

Nous avons accueilli de grand cœur ces appréciations qui n’étaient du reste pas pour nous étonner. Il est normal qu’une revue scientifique, même soumise à un arbitrage scientifique, reflète dans une large mesure l’état d’une nation visée dans son existence et dans son destin mêmes. La première donnée à travers laquelle une nation témoigne de son être au monde est en effet celle de la culture et de la vie intellectuelle dont la culture populaire est le terreau. La manifestation la plus évidente de l’ignorance et du sous-développement réside, précisément, dans ce dédain avec lequel une nation considère les composantes essentielles de sa propre culture. Or c’est précisément à travers ce prisme que la culture populaire a été perçue jusqu’à une période récente, dans l’ensemble des pays arabes. Lorsqu’on s’était aperçu de cette grave erreur, il était déjà trop tard. Tant et si bien que nous voilà partis à la recherche de ce qui s’était perdu avec le temps par la négligence des hommes, avides que nous étions d’attraper la moindre miette de souvenir que pouvait nous restituer la mémoire de nos derniers survivants, nous acharnant ensuite à collecter et à consigner ce que nous pouvions recueillir à travers une succession aléatoire d’initiatives officielles, menées dans un contexte de conflits entre les Etats, de convoitises exacerbées et de  violences entre les groupes, les factions et les communautés.

Aussi le monde arabe a-t-il globalement marqué un véritable retard par apport au mouvement dans lequel s’étaient engagées les autres nations du monde, dans ce domaine et dans bien d’autres. Si les études et les recherches ont pu se poursuivre depuis des années, ce fut par la seule vertu du dévouement individuel. Mais les efforts ainsi déployés ne peuvent, quelle qu’en soit la grandeur, qu’être limités et, le plus souvent, insuffisamment productifs. Il s’est trouvé, en outre, qui ceux-là qui avaient acquis la compétence académique les habilitant à relever le défi n’ont pas tardé à être accaparés par leur quotidien, aucune politique officielle n’ayant éclos dans l’ensemble des pays arabes qui aurait permis à la recherche de se développer harmonieusement dans le cadre d’une stratégie bénéficiant des financements nécessaires.

Tous ces problèmes, nous les connaissons, mais nous avons refusé de céder au pessimisme et à la démobilisation. Toujours sur le terrain, nous consacrons en effet toute notre énergie au service d’une cause en laquelle nous avons foi. Les initiatives sincères entreprises au service des nobles objectifs du monde arabe sont comme les bougies au cœur des ténèbres.  Il est des hommes qui savent à merveille l’art d’allumer ces bougies qui jamais ne s’éteignent et dont l’une est LA CULTURE POPULAIRE, celle-là même dont la flamme est née de l’engagement patriotique de Sa Majesté le Roi Hamad ben Isa, Souverain du Royaume de Bahreïn, une flamme qui continuera à illuminer de son aura le monde alentour. Notre nation arabe surmontera sa terrible épreuve, elle réalisera les rêves et les aspirations de ses hommes. Car plus forte que tout demeure la volonté divine.

 

Ali Abdallah Khalifa

Chef de la rédaction