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Issue 39
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LE TATOUAGE SYMBOLISME ET SIGNIFICATION
Issue 39

Dr. Nour el Houda Badis

Faculté des Sciences Humaines et Sociales. Université de Tunis

 

De nombreuses explications théoriques du phénomène du tatouage ont été avancées qui varient selon les régions où celui-ci est apparu et les peuples qui l’ont adopté et célébré.

Il s’agit d’une pratique humaine qui remonte à la nuit des temps et que de nombreux peuples ont connue et exercée sous des formes innombrables. On tend généralement à penser, en particulier lorsqu’il s’agit des anciennes civilisations, que le tatouage est porteur de croyances collectives, de la vision que chaque groupe a de la nature de l’existence, des rapports entre ses membres, de leur foi en leur communauté de destin et de la relation qu’ils entretiennent, tous, avec l’inconnaissable.

Il semble que le tatouage ait été, au tout début, lié au travail de la nature, le temps faisant son œuvre, aux différents moments de l’existence, et laissant sur les êtres des marques qui sont autant de témoins de son passage. De ce point de vue, la nature semble être le premier tatoueur à agir sur les corps, y imprimant ses griffures, ses lignes et ses couleurs avec un art admirable, tel un créateur soucieux d’immortaliser son œuvre. C’est aussi dans la nature que l’homme a puisé l’idée du tatouage, aux différentes étapes de la conception, de la mise en œuvre et de la finalité de cet acte. Et c’est elle qui lui a fourni les outils qui lui ont permis d’exercer son art et de dessiner les formes tatouées qui expriment les multiples pulsions psychiques et sociales qui sont en chacun.

On comprend dès lors qu’un si grand nombre de textes se réfèrent avec insistance à la nature à chaque fois que l’homme évoque le tatouage et s’arrête sur l’action de la nature sur sa vie. Sous cet angle, on peut dire que le tatouage est, à la base, une manifestation naturelle, et qu’en le pratiquant l’homme imite en fait la nature en même temps qu’il fait de cet acte une pratique sociale et une manifestation anthropologique et psychologique chargée de significations qui ne peuvent être détachées de cette dimension naturelle.

Parler de l’individu c’est parler du groupe. Aller à la vie c’est aller à ce qui est au-delà de la vie, à l’invisible. L’approche définie par l’auteur quant à ce phénomène part de l’idée qu’il s’agit d’une forme de communication par laquelle l’homme interpelle d’abord son moi, puis le groupe à travers ce moi. Comment lire cette communication ? Comment en interpréter les signes ? Pour autant que le tatouage soit considéré comme un mode de communication et un dessin spécifique chargé de significations,  pourquoi est-il combattu par la religion et rejeté par certaines traditions ? Est-ce en raison des formes qu’il présente ou des significations qu’il induit que la religion lui fait la chasse ?

Si, dans les temps anciens, le tatouage a oscillé entre valeur artistique et signe d’appartenance tribale, il varie, aujourd’hui, entre expression de la liberté et recherche d’un ancrage identitaire, dans des sociétés où l’individu vit une crise l’identité. Ce sont, en particulier, les sociétés occidentales contemporaines qui ont connu un regain de ferveur pour cette forme d’expression. On a ainsi vu se propager les tatouages parmi les jeunes et les adultes, non pas en tant que mode ou tendance collective à célébrer la liberté mais en tant que discours que les formes discursives traditionnelles sont impuissantes à actualiser avec toutes ses virtualités.

Au-delà des motivations personnelles, comme de perpétuer le souvenir d’une femme aimée ou d’un événement important que l’on a vécu, d’exprimer une rébellion contre une situation donnée ou la passion pour un artiste exhibant tel type de tatouage que l’on a voulu imiter, le tatouage dans les sociétés modernes demeure une tendance individuelle ou collective s’exprimant dans des limites étroites mais dépassant les frontières des Etats, des régions et des cultures spécifiques. C’est pourquoi l’on voit se propager des tatouages particuliers dans des milieux déterminés du monde. Compte non tenu des considérations morales qui voient dans les tatouages le symptôme d’une faiblesse de la personnalité qui pousse certains à se comparer aux célébrités et à imiter leurs faits et gestes, le phénomène est en soi digne d’être étudié en tant que forme de communication polysémique, l’imitation et le mimétisme étant nés de diverses interprétations du tatouage. Chaque personne tatouée a en effet sa propre lecture du phénomène, et part d’une perception particulière du sens du tatouage en se fondant sur sa propre culture populaire et l’imaginaire collectif dont elle est partie, tout en tenant, de façon ou d’autre, compte de la tendance collective moderne. Le tatouage est un et les interprétations innombrables, on peut le comparer à cette écriture dont le sens se recrée à mesure que se multiplient les lecteurs, sans que pour autant l’interprétation concorde avec l’intention de l’auteur.