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Issue 39
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KATHAKALI UN ART THEATRAL CLASSIQUE ISSU DU PATRIMOINE INDIEN
Issue 39

Muhammad Ali Wafi Krwatel

Centre des études arabes et africaines

Université Jawaherlal Nehru. New Delhi

 

On ne peut écrire sur les arts traditionnels du Kerala sans évoquer la danse de Kathakali qui appartient au théâtre dansé classique. Ce spectacle est célèbre par le maquillage très coloré de ses personnages ainsi que par la beauté et la multiplicité des costumes portés par les danseurs, la variété des mimiques échangées par les danseurs et les mouvements très étudiés des corps. La musique qui accompagne la représentation est produite par des instruments aux nombreuses sonorités.

Cet art traditionnel est né au Kerala, au XVIIe siècle, il a connu diverses évolutions, tant au niveau des tenues que de la gestuelle, des mimiques, des mélodies ou des instruments de musique.

Le domaine appelé aujourd’hui ‘’les beaux-arts’’ – ou, dans la sphère artistique, ‘’les belles-lettres’’ – comprend : la musique, la poésie, la prose, l’architecture, le dessin, le chant, le jeu théâtral, toutes activités orientées vers une seule finalité : le Beau, qui est une donnée subjective, mentale. En effet, le monde – ou l’univers – n’est en lui-même ni beau ni laid, ces deux qualificatifs ne pouvant désigner qu’une impression  relevant de l’intellect.

La danse et la musique sont l’une des formes de langage par lesquelles s’exprime l’homme primitif, qui était peu outillé en moyens de communication. Vivant, aux premiers âges de l’humanité, parmi les animaux sauvages, il formulait ses différents sentiments et pulsions qui allaient de l’espoir au désespoir, de la cruauté à la douceur, de la tristesse à la joie, à travers diverses formes d’expression. Comme la danse a toujours été présente dans la vie des hommes, bien avant que les mots ne leur fussent venus, l’être humain a recouru au langage du corps pour manifester les idées et les sentiments les plus divers. Il y eut, par exemple, des danses de la liesse et des danses de la tristesse, des danses pour faire venir la pluie, d’autres en rapport avec la magie ou la sorcellerie ou pour appeler le malheur sur l’ennemi, d’autres encore qui sont liées à la guerre et au combat, chacune étant accompagnée de la mélodie appropriée.

Avant de devenir la forme artistique que nous connaissons, aujourd’hui, la danse de Kathakali est passée, comme tous les arts, par une évolution en plusieurs étapes. Au début, c’était une simple danse produite par des artistes  pour le plaisir des rois et de la cour. Sous l’impulsion de créateurs qui ont œuvré à perfectionner leur art, cette danse considérée comme classique est devenue une représentation théâtrale fondée sur les techniques de l’expressivité, accompagnée de musique, de gestes et des mimiques, et produite sur une scène disposant d’un décor. L’une des spécificités de cet art demeure, néanmoins, la place centrale de la suggestion par le regard et de la symbolique par le jeu des doigts.

Les spécialistes des arts classiques indiens sont unanimes à penser que le XIXe siècle fut l’âge d’or de la danse de Kathakali, celui où le jeu vif et animé des acteurs, des danseurs et des chanteurs a connu toute sa splendeur. Le grand artiste Erayamman Thambi joua un rôle essentiel dans cette évolution et dans l’enrichissement de la chanson dansée de Kathakali.

Les contes représentés dans ce type de spectacle renvoient à la religion hindouiste, et en particulier à la haute sphère de cette pratique religieuse. Ainsi que le révèle son nom, la pièce de théâtre intitulée Ramanattam est liée au nom du Dieu hindou, Rama. On considère d’ailleurs l’histoire racontée dans le Ramayana comme la première à avoir été représentée dans un spectacle de Kathakali. Au fil du temps, épopées, mythes et légendes hindoues, anciennes buranas sont venus s’ajouter aux thèmes dont se nourrissait ce théâtre.

 La Kathakali n’est pas une simple danse où le corps accomplit des mouvements expressifs, mais une langue cohérente par laquelle le corps communique. Le danseur exprime devant les spectateurs ses sentiments profonds ainsi que ses idées sur l’existence, la danse étant la meilleure façon de transmettre aux autres les joies et les peines qui agitent l’âme.  Comme tout art véritable, Kathakali traduit ce qu’il y a de plus essentiel dans l’être tout autant qu’elle manifeste ses joies et ses peines. On voit apparaître, s’effacer, reparaître les sentiments les plus intimes du danseur, sentiments que celui-ci ne saurait communiquer au spectateur qu’à travers ce jeu scénique grâce auquel il atteint à cette excellence sans quoi toute la beauté de cet art classique s’effondrerait aux yeux du spectateur.