Langue Issue

Lire dans cette édition

LE PATRIMOINE TUNISIEN DE JEUX D’ENFANTS Etude ethnographique et anthropologique
L’étude souligne la nécessité de documenter et de classer les jeux des en...

RE-ENRACINER LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL EN TERRE DU SUD
 Le patrimoine architectural est l’un des fondements de l’identité d’u...

LE RÔLE DE LA CULTURE MATERIELLE DANS LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL
Il incombe aux musées d’aider le citoyen à acquérir une vue d’ensem...
38
Issue 38
Vous pouvez télécharger la question (PDF) à partir de ce lien
PHENOMENOLOGIE DE LA CULTURE AMAZIGHE à travers la chanson A Vavalnouva d’Idir
Issue 38

Dr Mounis Bekhadhra

Université de Tlemcen. Algérie

 

Là-bas, sur les hauteurs de la Djurjura ou les collines de Sétif, dans la vallée de Biskra ou vers le Tassili, domaine des hommes bleus (les peuples touaregs), s’égrènent des villages et vivent des communautés, au milieu d’une nature dont ils ne sauraient être dissociés, une nature qui les a adoptés pour l’éternité et avec laquelle ils ont noué au cours de leur longue histoire des liens profonds. Ces hommes ont formé, au temps des peuples Amazighs – que l’on appelle en Algérie les Kabyles – un bloc solidaire ayant sa propre culture qui s’affirme à travers les multiples manifestations de la vie quotidienne, dans les modalités du dialogue ou de la conversation, dans l’habillement, la cuisine, les festivités, l’élevage des animaux, la construction des maisons ou le tissage de la laine.

Et c’est à travers cette culture que ces peuples ont construit leur identité particulière qui les distingue au sein de l’espace culturel des peuples de la Méditerranée. L’histoire de leur culture est bien plus riche et lumineuse que l’histoire de leur entrée dans la modernité. Cette histoire leur a en effet permis, si on les compare à d’autres peuples, de perdurer de façon naturelle sans bruit ni fureur, et les objets qu’ils nous ont légués nous renvoient, dans leur moindre détail ou ornement, à telle ou telle époque d’une continuité historique amazighe présentant les signes d’un réel amour de la vie.

A supposer que la mémoire soit le socle franc à partir duquel s’écrit l’histoire d’un peuple donné, les Amazighs font partie de ces peuples qui n’ont pas de mémoire reconnue, si important que fût, par ailleurs, le rôle qu’ils ont joué dans l’édification de l’histoire globale des peuples de la région, pendant près de trois mille ans, aux côtés des diverses communautés qui se sont succédées dans cette partie du monde. Les Amazighs ont en effet pris l’habitude, sous la pression de l’histoire, d’oublier le passé. Car s’arrêter sur le passé et répéter le récit de ses multiples péripéties ne produit, comme le dit le chercheur marocain Mohammed Chafik, qu’une forme d’autosatisfaction toute infantile. L’histoire se doit, au contraire, d’être une science soumise à un contrôle strict, étant donné que la recherche rigoureuse exige du chercheur qu’il se dépouille, dans ses enquêtes, sa pensée, voire sa sensibilité personnelle, de toute subjectivité et du poids de toute autorité quelle qu’en soit la nature.