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Issue 37
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CONSACRER LE RÔLE DE LA CULTURE POPULAIRE DANS L’ENSEIGNEMENT DES MATHEMATIQUES AUX ENFANTS
Issue 37

Dr Abubaker Khalid Saadallah

 

Nous pouvons définir l’ethno-mathématique comme une anthropologie culturelle des mathématiques et de leur enseignement, soit l’étude des pratiques et idées mathématiques dans leur rapport avec les constituants de la vie culturelle et sociale. Outre qu’il s’agit de la préservation d’une culture populaire authentique, l’intérêt d’une telle approche réside, selon les spécialistes, dans sa contribution, dès lors qu’elle est convenablement adaptée aux programmes scolaires, à rapprocher les concepts mathématiques et scientifiques de l’élève.

L’ethno-mathématique a fait une timide apparition, au cours des années 70 du siècle dernier, lorsque le pionnier de cette discipline, Ubiratan d’Ambrosio, fit entrer ce terme dans le monde des mathématiques. Les débats s’intensifièrent ensuite, à la fin des années 80, autour de cette notion, notamment lors du Congrès mondial de l’enseignement des mathématiques, tenu à Budapest, en 1988, qui réserva un chapitre de ses travaux à la question : « Que pouvons-nous attendre de l’ethno-mathématique ? » La discussion fut alors animée par de nombreux spécialistes venus des Etats-Unis, du Brésil, du Mozambique, de la Palestine et de la Grande-Bretagne.

Il est clair que les différentes définitions que l’on peut donner à ce terme finissent par se recouper et que nous pouvons considérer l’ethno-mathématique tout à la fois comme une branche des mathématiques, une branche de l’ethnologie (la science des races) – laquelle constitue l’un des domaines de l’anthropologie – et une branche de la didactique des mathématiques. La notion exige d’être définie, à chaque fois, en rapport avec le lieu et le temps, dans la mesure où elle est liée à des concepts flexibles. « Ethno » désigne tous les facteurs constitutifs de l’identité culturelle de la société : la langue, les symboles, les valeurs, les mots usuels, les croyances, les habitudes, les apparences physiques, les aliments, les vêtements les plus courants. « Mathématique » renvoie à une large vision des mathématiques s’étendant de l’arithmétique à la géométrie, aux classifications, aux catégories, aux interconnexions, aux échantillonnages, etc.

Il est à noter que nombre de didacticiens des mathématiques dans les pays occidentaux avancés ont peur d’intégrer à leurs programmes scolaires des éléments mathématiques présents dans les cultures populaires des pays du tiers-monde. Ils sont en effet incapables de mesurer à l’avance l’impact sur les élèves d’une approche, l’ethno-mathématique, liée à des cultures populaires venues de loin et susceptibles – de leur point de vue – de nuire, en dernière instance, à la pensée scientifique qu’ils veulent développer chez les élèves. Ils ont également peur de l’impact idéologique et politique de ce type d’enseignement sur une société occidentale devenue multiraciale et multiculturelle.

De toute façon, il incombe aux ethno-mathématiciens d’analyser l’impact des facteurs culturels et sociaux sur l’assimilation et le développement des mathématiques. Leur rôle est aussi d’apporter leur contribution au savoir mathématique des peuples (notamment de ceux qui ont été colonisés) à travers la recherche des éléments culturels encore présents dans la culture populaire actuelle. Les études ethno-mathématiques dans le tiers-monde, en particulier, s’efforcent de prendre en compte les traditions liées au domaine des mathématiques qui ont pu survivre à l’ère coloniale pour essayer ensuite de les intégrer aux programmes scolaires. Les spécialistes ont noté que cela ouvre également de nouvelles perspectives à l’enseignement de la philosophie et d’autres disciplines dans ces pays, de sorte que l’élève pourra concilier ce qu’il puise dans sa culture locale et son environnement familial avec ce qu’il apprend à l’école, chose qui ne peut que le rendre encore plus fier des apports de la culture populaire qui est la sienne, celle de sa société et de sa terre.

Les sociologues considèrent, pour leur part, l’identité culturelle de la société comme un stimulant pour les efforts consentis au service du progrès. Le mieux serait donc que l’élève reçoive une éducation pluridimensionnelle qui donne une place de choix à des éléments relevant spécifiquement de la culture populaire. Il convient, dans ce contexte, que l’élève regarde les sciences et les mathématiques comme un moyen de comprendre la culture du milieu dans lequel il vit et un outil au service de cette culture. A cet égard, l’ethno-mathématique remplit de la meilleure façon ce rôle.