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Issue 37
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CHANSON POPULAIRE ET MUTATIONS SOCIALES EN JORDANIE
Issue 37

Mahmoud Al Jabbour

 

L’étude porte sur les mutations sociales que l’on peut percevoir à travers la chanson populaire en Jordanie, en tant que celle-ci constitue un registre hautement fiable car échappant constamment aux ciseaux du censeur, louvoyant et se dérobant pour exprimer les non-dits de la société, franchissant ainsi les lignes rouges et investissant les domaines de l’interdit. Pourtant, cette chanson bénéficie d’une réelle tolérance, et cela pour deux raisons :

La première est qu’il s’agit d’un art, et tout art porte en soi sa propre justification ; il est à soi sa propre finalité, son seul objectif étant de procurer du plaisir, de la détente ou du divertissement, autant de raisons que le détenteur d’une autorité – qu’elle soit religieuse, sociale ou politique – pourra invoquer pour passer sous silence les transgressions.

La deuxième raison est en rapport avec la nature même de la chanson populaire : celle-ci, en effet, ne se réclame pas d’un auteur précis pas plus qu’il n’est d’auteur qui puisse en revendiquer la paternité. Il en va ainsi, d’ailleurs, de l’ensemble du patrimoine immatériel. Qui mettre dès lors sur le banc des accusés ? Et qui jeter en prison lorsqu’on entend un groupe de jeunes fredonner, tout en dansant la debka, une chanson qui bouscule les interdits ?

Echantillon étudié :

L’auteur a examiné la matière sonore qu’il a collectée sur deux générations, soit près d’une soixantaine d’années s’étendant du début des années 60 jusqu’à la dernière décennie.

Axes de l’étude :

Deux axes ont été dégagés :

Premièrement : Les mutations économiques et politiques et leur impact sur la chanson populaire.

Deuxièmement : L’attitude de la société face à l’interdit religieux, aux traditions et aux us et coutumes, et son effet sur la chanson populaire.

L’auteur est parvenu aux conclusions suivantes :

1 – La chanson est un reflet sincère des changements socioéconomiques que la région a connus, de façon générale, la Jordanie ne pouvant rester à l’écart des mutations survenues dans son environnement.

2 – Les transgressions les plus importantes concernent l’interdit sexuel, ce qui s’explique par trois raisons :

a – Le désir de se libérer de la répression sexuelle ;

b – la seule autorité susceptible de sanctionner ce type de dépassement est une autorité sociale qui ne dispose d’aucun moyen de rétorsion ;

c – une certaine tolérance sociale à l’égard d’une transgression où l’on ne passe pas de la parole à l’acte.

3 – Les lignes rouges en matière de politique constituent une forme de transgression autrement plus grave. Cela s’explique non pas par le despotisme exercé par le pouvoir mais par l’expérience sociale du rapport au pouvoir. En outre, les sanctions prises par le pouvoir politique constituent une réalité palpable alors que l’autorité religieuse ne dispose pas de moyens de répression.